✍🏿 Le journal intime d’un esclave ✍🏿
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Omar ibn Saïd

Né vers 1184H (1770G) dans l’actuel Sénégal, Omar ibn Said est le seul esclave nord américain dont le récit nous est parvenu de façon autobiographique, et en arabe. En arabe car l’homme fut musulman, comme, selon de nombreuses statistiques, près d’1/4 des déportés en Amérique durant la traite négrière.

14 manuscrits nous sont parvenus de lui plus exactement.

 

Le plus important, et celui ayant suscité l’intérêt du plus grand nombre, restant le récit de sa vie et des conditions de captivité. L’oeuvre, de 23 pages, a été depuis traduite et diffusée en 1432H (2011G) grâce aux travaux d’Ala Alryyes, dans un ouvrage titré : « A Muslim American slave, the life of Omar Ibn Saïd ». En voici quelques extraits :

 

 »Avant ma venue au pays des Chrétiens, ma religion était celle de Mohammad, le prophète d’Allah. Qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix. J’allais à la mosquée avant l’aube, je lavais ma figure, ma tête, mes mains, mes pieds. J’effectuais les prières de la mi-journée, de la fin de l’après-midi, du coucher du soleil et de la nuit. Je donnais l’aumône chaque année en or, argent, en récoltes et bétail : moutons, chèvres, riz, blé et orge … Je m’engageais chaque année au djihad contre les infidèles. J’allais à La Mecque et à Médine comme l’ont fait ceux qui en avaient les moyens. »

 

Capturé à l’âge de 37 ans, il aurait ainsi étudié l’arabe, les langues parlées au Boundou et au Fouta, ainsi que les sciences islamiques pendant près de 25 ans à l’étranger, dans les territoires africains voisins, riches de centres islamiques, avant de regagner sa terre natale.

 »Après mes études je suis retourné chez moi pendant six ans avant qu’une armée n’envahisse notre pays. Ils ont tué beaucoup de gens. Ils m’ont capturé, et m’ont vendu à un chrétien qui m’a emmené dans un grand bateau. »

 

Il atterrit, après 1 mois et demi de voyage, à Charleston aux Etats Unis. Toujours dans le même texte, après y avoir retranscrit dans son intégralité la sourate al Mulk, comme pour rappeler à qui le lira de qui provient le Seul et Unique souveraineté digne de ce nom, il décrit son premier propriétaire comme  »un petit homme chétif nommé Johnson, un infidèle qui ne craignait point Allah ». Face aux maltraitances subies, 2 ans après son arrivée, il s’enfuira de sa plantation, 1 mois durant, prenant la direction de Fayetteville. Là, il se fera maladroitement prendre dans une église dans laquelle il était entré pour prier.

 

Il parle alors de la prison dans laquelle il est conduit lors de sa fugue comme  » une grande maison appelée jîl (jail) ». Dans sa cellule, on raconte qu’il aurait écrit sur ses murs des versets du Coran, ce qui eu comme conséquence d’attirer l’attention sur lui de l’ensemble de la ville. Jim Owen, frère du gouverneur de la Caroline du Sud, finira ainsi par le racheter et le conduire en sa maison familiale. Une famille qu’il jugera plutôt positivement dans ses écrits.

 »Tout ce qu’ils mangent, je le mange, et tout ce qu’ils portent, ils me le donnent une fois usé »

 

>> Lire aussi : Le fondateur de Chicago était haïtien

 

Son récit semble renfermer néanmoins un sens ésotérique et des paroles à double sens selon les chercheurs ayant étudié ses mots. Malgré sa dite conversion au christianisme, telle que ce fut parfois d’usage en son « milieu », il continua de louer Muhammad, paix et salut soient sur lui, et de faire référence au Coran dans ses écrits. Dans sa bible, qui lui fut traduite en arabe, il y fera de nombreuses annotations consistant à comparer le texte biblique à celui du texte coranique. Ne manquant pas d’audace, on lui demandera de traduire en arabe une prière chrétienne, ce qu’il exécutera en écrivant en lieu et en place la sourate al Fatiha. Le dernier texte d’Omar, rédigé en 1273H (1857G), est ainsi une reprise du chapitre coranique al-Nasr, rappelant l’entrée massive d’infidèles dans la religion de l’islam.

 

Son récit et ses faits seront maintes et maintes fois retranscrits dans les journaux d’alors. En 1279H (1863G), un journaliste du New York Observer, impressionné, le décrira en termes plutôt élogieux, rappelant « ses doigts effilés et le raffinement de sa démarche ». Il serait alors un prince arabe, un noble capturé par erreur. Il meurt peu de temps après, toujours en esclave, un an avant la grande vague de libération suivant la guerre de sécession…

R. Klingler

 

Pour en savoir plus : Joaogabriell et document interessant.

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